Boiardo Matteo Maria (trad. française Vincent Jacques), Le premier livre De Roland l’Amoureux, mis en Italien, par le seigneur Mathieu-Marie Bayard, comte de Scandian : et traduict en Françoys, par Maistre Jaques Vincent du Crest Arnaud en Dauphiné, Secretaire de monsieur l’Evesque du Puy, Paris, Vivant Gaultherot et Étienne Groulleau, 1549.

[pièce 1]

  • Cliquez sur les liens pour accéder à l’index nominum et au glossaire.

Jacques Vincent, « A treshaute et vertueuse dame ma dame Dyane de Poictiers, Duchesse de Valentinois, Jaques Vincent son treshumble et obeïssant serviteur et subjet, heureuse prospérité » (f. a ij r°)

    Ma Dame, je serois à bon droit noté d’ingratitude, si je voulois du tout perdre ce que peu j’ay apris de la langue italienne, par la communiquation d’aucuns sçavans personnages, qui l’entendent tresbien, sçachant qu’un tresor caché ne peult profiter à personne. Parquoy sera vostre plaisir prendre agreable ce mien petit labeur, lequel j’ay voulu estre dedié à vostre seigneurie, sans plus outre narrer les louanges de vostre cler et noble esprit, duquel vaut mieux m’en taire, que de chose si haute parler peu. Et combien que ceste presente traduction, nommée Roland l’Amoureux, soit petite, et beaucoup moindre qu’il n’apartiendroit presenter devant vous, j’ay toutesfois espoir, qu’elle vous sera agreable, pour l’estime et reputation que de vostre bonne grace il vous a pleu tousjours faire des œuvres, que les gens d’esprit faisans profession de vertu par cy devant vous ont presentées. Matiere certes, qui m’a donné telle hardiesse de faire voir devant voz yeux tant cler voyans cest ouvrage si mal limé. Car il me semble, que tout ainsi que c’est vice de reciter les choses d’autruy comme pour siennes, aussi est ce une belle chose et digne d’homme humain, nommer et declarer ceux, par lesquelz l’on est devenu sçavant. À ceste ocasion je me suis mis à traduyre l’œuvre presente, d’Italien en Françoys, faite par Mathieu-marie Bayard, Comte de Scandian : vous avisant que par tout ne m’a esté possible le suyvre de mot à mot, sinon d’autant que la phrase du langage Françoys l’a peu soufrir. Toutesfoys là où je n’auroys rendu toutes les paroles, je pense y avoir gardé le sens, de sorte que vous y pourrez recevoir du plaisir, comme personne imitant la vertueuse vie de voz ancestres les Comtes du Valentinois, desquelz vous avez origine, et semblablement feu monsieur de saint Valier vostre frere, à la maison duquel j’ay pris norriture et doctrine. A l’ocasion dequoy Nature m’a obligé, voyre d’obligation indissoluble, et me voyant hors d’espoir de pouvoir retribuer un si grand bien receu, je me reputerois ingrat envers vous mort et vif, s’il ne vous plaisoit prendre pour payement le vouloir que j’ay, qui est grand, lequel vous fait ofrir ce que le petit pouvoir a de present. Vous plaise doncq’, ma Dame, l’avoir agreable, et vous augmenterez en moy le vouloir de faire mieux pour l’avenir, comme celuy qui ne desire en ce monde plus ample recompence de mon travail, que de vous rendre tousjours tesmoignage de perpetuelle volunté et entiere afection : laquelle est née pour servir d’obeïssance à voz commandemens, aydant nostre Seigneur, auquel je prie, ma Dame, vous maintenir en sa sainte protection et grace, et vous donner en santé treslongue et heureuse vie.


Pour citer cet article :

Jacques Vincent, « A treshaute et vertueuse dame ma dame Dyane de Poitiers, duchesse de Valentinois, Jacques Vincent son treshumble et obeïssant serviteur et subject, heureuse prospérité », Le premier livre De Roland l’Amoureux, mis en Italien, par le seigneur Mathieu-Marie Bayard, comte de Scandian : et traduict en Françoys, par Maistre Jaques Vincent du Crest Arnaud en Dauphiné, Secretaire de monsieur l’Evesque du Puy, Paris, Vivant Gaultherot et Étienne Groulleau, 1549, f. aij r°. Transcription par Claire Sicard, La Rimerie, Farrago numérique, 1er mars 2016 [En ligne] http://wp.me/P6Pjkj-xI.