François Sagon, Recueil des estrenes de Françoys de Sagon pour L’an present. 1538, s.l., s.n., 1539 [n.s.].

[pièce 6]

Le texte est séparé des cinq premiers poèmes par un intertitre – « Ensuyt L’estrene de mon rien, du Monde, Madame » – et un bois gravé que nous reproduisons ci-dessous. Nous remercions Mathilde Vidal (U. Paris-Diderot) de nous avoir permis d’utiliser ses clichés photographiques de l’exemplaire et Sophie Danis (directrice des bibliothèques de Versailles) d’en avoir autorisé la diffusion.

SagonB3r
F. Sagon, Recueil des estrenes, s.l., s.n., 1539, f. Biij r° (détail). Source : Goujet in-8 36, B.M. Versailles ©. Cliché : M. Vidal.

« Dixain pour estrener mon Rien du Monde, à qui je suis par allyance à Tout le monde » (f. Biij r°-v°)

    Si Tout, à Rien, peult union souffrir,
Amour faict bien, quand par ce qu’il ordonne,
Tout veult à Rien pour estrene s’offrir,
Et tout le monde, à ung rien s’abandonne[.]
Ce tout n’a rien, qu’ung bien qu’à son Rien donne,
Esprit cœleste, et le corps terrien.
Si Rien prend tout, et deist1 que tout n’est rien[,]
Tout a espoir, qu’avecq sens raisonnable,
Rien jugera que[,] sans aymer le bien,
De rien à rien, l’estrene est convenable.

← Pièce 5

Pièce 7 →


1 dit.


En jouant ainsi sur l’antithèse entre « tout » et « rien », Sagon s’inscrit dans une pratique  attestée chez les auteurs des années 1530-1560, de Clément Marot à Joachim Du Bellay en passant par Mellin de Saint-Gelais ou Nicolas Bargedé, pour n’en citer que quelques-uns (voir la fiche de synthèse « De rien être (ou non) fait quelque chose »). Toutefois, dans l’acédie généralisée de ce début de recueil (soulignée notamment par le motif du « lymaz tardif », dans la pièce 4), plus qu’un rien qui aspirerait à sortir de sa vacuité par la faveur du prince, la plaisanterie grinçante du dizain de Sagon présente une sorte de nivellement par le bas : « Tout » donnant tout ce qu’il possède devient à son tour « rien », tandis que « Rien » à qui l’on offre ce tout juge que ce n’est finalement rien et persiste dans son être de « rien ».


Pour citer cet article :

François Sagon, « Dixain pour estrener mon Rien du Monde, à qui je suis par allyance à Tout le monde », Recueil des estrenes de Françoys de Sagon pour L’an present. 1538, s.l., s.n., 1539 [n.s.], f. Biij r°-v°. Transcription par Claire Sicard, La Rimerie, Farrago numérique, 8 avril 2016 [En ligne] http://wp.me/P6Pjkj-EX.