François Sagon, Recueil des estrenes de Françoys de Sagon pour L’an present. 1538, s.l., s.n., 1539 [n.s.].

[pièce 4]

  • Cliquez sur les liens pour accéder au glossaire.

« Dixain à ce propos » (f. Bij v°)

    Si j’ay esté, long temps avecq raison
Serré, et cloz, en mon petit estude[,]
A ung lymaz, couvert de sa maison,
J’ay eu, par droict[,] propre similitude1
Lymaz tardif n’usant de promptitude,
Veult peu à peu des cornes esprouver,
S’il pourra lieu d’asseurance trouver[.]
Ainsi feray de ta grace où je tyre2,
Si seur n’en suis, je seray tout yver
Lymas craintif qui ses cornes retire.

← Pièce 3

Pièce 5 →


1 J’ai été, à juste titre, comparable à un escargot.
2 De ta faveur, à laquelle j’aspire.


Le titre donné au dizain souligne la parenté de la pièce avec les deux précédentes. De l’ours au « lymaz », le pas peut paraître grand. Mais cette nouvelle image animale, plus humble et pathétique, est toujours utilisée pour signaler combien l’humeur et la vie du locuteur sont tributaires de la façon dont on le traite – tout comme l’attitude de l’animal est en large partie fonction des conditions météorologiques qu’il doit affronter. Il fut assurément tardif, il ne tient qu’à son destinataire qu’il ne devienne craintif.
Michel Feuillet qui étudie le motif symbolique de l’escargot dans son article « Le bestiaire de l’Annonciation : l’hirondelle, l’escargot, l’écureuil et le chat » (Italies, Arches de Noé [2], 12 | 2008, p. 231-242), rappelle qu’ « Animal modeste, voire répugnant, l’escargot n’en est pas moins un symbole positif, dont la polysémie vient enrichir la méditation sur l’Annonce faite à Marie », célébrée le 25 mars dans le calendrier chrétien. Soulignons également avec M. Feuillet que « l’escargot est une figure christique : s’enfermant dans sa coquille comme dans un tombeau pendant tout l’hiver, pour ensuite renaître tous les ans à Pâques – le 25 mars – il rappelle la mort et la résurrection du Sauveur ». Or les étrennes, dont ce poème fait partie, sont traditionnellement offertes pour la nouvelle année, nouvelle année qui débutait encore à Pâques à l’époque de composition du recueil (millésime ancien style).


Pour citer cet article :

François Sagon, « Dixain à ce propos », Recueil des estrenes de Françoys de Sagon pour L’an present. 1538, s.l., s.n., 1539 [n.s.], f. Bij v°. Transcription par Claire Sicard, La Rimerie, Farrago numérique, 7 avril 2016 [En ligne] http://wp.me/P6Pjkj-Ek.