Jacques Grezin, Advertissements faicts à l’homme par les fleaux de nostre Seigneur, de la punition à lui deüe par son peché, comme est advenu depuis trois ans en ça, Angoulême, Jean de Minières, 1565.

[pièce 5]

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« Au Lecteur » (f. Aiij r°-v°)

    S’il te vient à plaisir (Amy lecteur) avoir contemplation et souvenance de la calamité en laquelle le monde universel est pour le jourd’huy constitué, estant flagellé par punition divine de troys horribles fleaux [:] Sçavoir1 de Guerre, Pestilence, et Famine : punition certes terrible[,] Toutesfoys au respect de l’offence, fort doulce, et amene : et pleine de misericorde. Comme le souverain Seigneur Æternel a de coustume user envers l’homme pecheur, Lequel il ne punit jamais sçelon la grandeur et demerite de son peché[,] Ains tousjours doulcement l’appelle à recognoissance, et vraye penitence de sa mauvaise vie. Tu le pourras cognoistre (Amy lecteur) par le discours de ce petit opuscule, En lequel trouveras : Guerre, laquelle met en souvenance l’homme de sa meschante vie, par la remonstrance qu’elle luy faict, tant verballement que par une longue vexation de guerre : duquel advertissement l’homme ne tient conte2[,] Ains tousjours persevere de mal en pis. Au moyen de quoy survient l’orrible et hydeuse famine, qui faict à l’homme semblables remonstrances verballes, et vexations terribles, par sterilité de toutes choses à luy necessaires. Pour lesquelles l’homme ne tient encores conte3 de s’amender, Ains persevere en son iniquité : tant que en fin survient la peste, laquelle a desja envoyé ses fourriers par France, occuper presque tous les logis, tellement que l’homme pour le jourd’huy n’a aucune retraicte asseurée pour les dangiers de toutes ces troys punitions. A ceste cause doibt estre force à l’homme pecheur se recognoistre, et venir à penitence puisque pour amour divine n’a jamais voulu cesser de vivre meschamment, non seullement en ung estat : mais en tous.

    Pourquoy4 est tresjuste et tres-raisonnable qu’il voye [f. Aiij v°] et endure la punition et desordre qu’il voit à present regner sur la terre à la grande confusion de l’homme. Il te plaira (amy Lecteur)[,] quand feras lecture dudict Opuscule[,] supporter doulcement l’autheur es faultes qu’y pourras trouver, qui ne seront, comme bien presuppose en petit nombre, et icelles corriger[,] se soubsmettant à la correction d’un chascun qui y regardera. Et si par fortune s’y trouve quelque chose de bon, en donner louange à Dieu. Suppliant un chascun lecteur en faire son profit, et prier le bon Dieu retirer quand son bon plaisir sera, sa main de justice, et nous regarder de l’oeil de sa misericorde. Et à Dieu[,] Lecteur mon amy, lequel je prie te donner sa grace, et à l’autheur la tienne, à laquelle de bien bon cueur se recommande.

    Faict es maisons Episcopales d’Angoulesme, le premier jour de May. Mil. D. LXV.

Par Jacques Grezin, Curé de Condac.

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1 À savoir.
2 Ne tient compte, ne se soucie pas.
3 Ne se soucie pas.
4 C’est pourquoi.


Pour citer cet article :

Jacques Grezin, « Au Lecteur », Advertissements faicts à l’homme par les fleaux de nostre Seigneur, de la punition à lui deüe par son peché, comme est advenu depuis trois ans en ça, Angoulême, Jean de Minières, 1565, f. Aiij r°-v°. Transcription par Claire Sicard, La Rimerie, Farrago numérique, 9 mars 2016 [En ligne] http://wp.me/P6Pjkj-Ah.