Jean Brèche, « A Monsieur Maistre Jehan Bouchet Procureur au siege Royal à Poictiers Poete et Orateur françoys tresdocte et elegant / Jehan Breche de Tours humble Salut », Manuel royal, Tours, M. Chercelé, 1542, f. Aij r° – Aiiij v°.

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Est il possible / o tresdocte Bouchet /
Que l’esperit / que la langue / ou bouche ayt
Assez de force en parolle et scavoir
Pour te louer : non que tu laisse avoir
Tel bruyct et los / que vertu vive et claire
A ses enfans appartenir declaire.
Mais d’esperit sommes si fort menez /
Et de nature en telle forme nez /
Que ceulx / ausquelz avons affection /
Du bien desquelz pour leur perfection /
Appetons estre ardents emulateurs
Et de leur gloire et renom zelateurs :
Manifester desirons leur louenge
A ung chascun / soit ou nostre / ou estrange :
Car contenir la bouche ne scauroit /
Ce que le coeur en abundance auroit :
Mais quoy ? qui ha vertu pour son appuy /
Cil n’a besoing du loz et bruyct d’aultruy :
Car que proffitte une torche ou lumiere /
Où le Soleil rend sa clarté entiere ?
Et puys / Vertu est semblable au rocher
Bien eminent / ou à ung hault clocher
Qu’on voit paroistre entre mille maisons.
Et ceste fin pretendent mes raisons /
Que de vertu tu es bien illustré /                                    [f. Aij v°]
Par laquelle es en grand renom entré :
Renom je dys / duquel faict mention
En divers lieux / diverse nation /
Tant qu’il n’est cil / qui langue en sa bouche ayt /
Qui ne maintiene en grand scavoir Bouchet.
Tes beaulx escriptz / et treselegant oeuvre /
A ung chascun monstre assez / et descoeuvre
Que ton esprit par sa dexterité
Ha (sans mentir) justement merité
Estre posé au nombre des scavants /
Desquelz les noms sont encores vivants.                       [marge gauche : Marot]
Cahors se peult venter / et tenir fier                              Brodeau
De son Marot / et s’en glorifier :                                     Merlin de
Touraine peult louer son Rabellays /                             sainct Gelays
Et son Brodeau / Mellin de sainct Gelays                       M. Françoys
Est une perle en France precieuse :                               Rabellays.]
France qui est du Roy Françoys heureuse.
Soubz lequel sont (dict le Poete) entrez
En son Royaulme / et nourriz les Lettrez.
Mais quoy ? Poictiers à bon et juste tiltre
Ha son Bouchet / qui a sceu tant bien tixtre
Et composer vers / et prose solue
Fort elegante / et de grande value :
Dixains / Rondeaulx / et Epistres moralles :
Des Aquitains L’histoire / et les Annalles /                    [marge gauche :
En tant bon ordre et langaige reduyctes /                     Les Annales
Qu’il n’est Autheur qui les eust mieulx desduyctes     d’Acquitaine
En sa parolle et propos / chasteté :                                 faictes par
Foy / gravité / decente honnesteté.                                 M. Jehan Bouchet
En periphrase / hyperbate / hyperbole                          de Poictiers]
Il est frequent / subtil en parabole :
Et telle grace il ha en escripvant /                                [f. Aiij r°]
Qu’on le diroit estre ung Maro vivant.
Que diray plus ? o sa terre fecunde
Qui as polie personne si facunde :
C’est de Poictou la lumiere et la gloire :
C’est l’escripvain de l’Aquitaine histoire.
Vous Poictevins / aymez le et le gardez /
C’est vostre honneur / affin que l’entendez :
Et quand tout seul çà / et là je perlustre /                         [marge droite
Je voy qu’il est vostre Poete illustre.                                  Apostrophe, ou
Vous debveriez en tenir plus de compte                           conversation
Que d’ung Marquis / que d’ung Duc / ou d’ung Comte    aux Poictevins]
Car / tel / heureulx se vouldra maintenir /
Qui pourra dire ung jour et soustenir /
J’ay veu Bouchet. Mais / comme je congnoys /
Ung Ispaignol [sic] / ung Grec / ung Milannoys /
Ung Bourguygnon / Parisien / Picard /
Ung Tourangeau / estimera plus l’art
Et le scavoir de Bouchet en lisant /
Que ne fera ung Poictevyn present.
Et ce qu’on dict / est à bonne raison /
Trop familier engendre mesprison.

Or ce n’estoit de ma presente lettre
L’intention / escripre prose ou metre
Laquelle fust ta louenge sonant :
Car mon esprit n’y seroit consonant.
Mais je vouloys t’escripre / et supplier /
Qu’ung peu de temps tu voulsisse amplyer
A visiter ung petit Opuscule
Que je t’envoye. Or lys le / et le calcule :
Et / sans rien faindre / escripz m’en (cher Seigneur)
Ton jugement : et me soys enseigneur /                          [f. Aiij v°]
Car tu le peulx / c’est mon opinion :
Et si besoing est de correction /
Je te supplye humblement y remettre
Et ramender / soit la prose / ou le metre.
Si de mon veil tu fays le contenu
Comme J’espere et desire : tenu
Et obligé à toy bien grandement
Me renderas : Et puys certenement
Si on congnoist que ce petit traicté
Entre tes mains quelque foys ayt esté /
Et que de toy ayt approbation /
Il en aura plus de perfection.

J’ay proposé / non ce jour / ne d’hyer /
Mais long temps a / l’offrir et dedier :
Et avecq ce / ung traicté de Lactance
Que j’ay traduyct en Françoyse senten[ce] /
A une Dame / et Princesse excellente :
Mais je crains fort qu’elle ne s’en contente.
Car mon langaige est tant desordonné :
Mon stille bas / rude / assez mal orné.
Et puys j’ay peu de scavoir / et science :
Dont je crains fort / et doubte en conscience.
Ce neantmoins / j’ay reprins mon couraige :
Car jaçoyt ce que mon petit ouvraige
De presenter ne soit vallable et digne
A la Princesse / et Dame tant insigne :
Congnoissant bien toutesfoys sa doulceur /
Plus ne craindray / mais seray ferme / et seur.
Et puys apres ce qui m’a incité
Cecy tenter (comme t’ay récité)
C’est que voioys qu’elle avoit les grands courts                        [f. Aiiij r°]
De ses parents laissé / pour estre à Tours /
Et habiter les ligerines eaulx /
Et le beau Cher. Là où les Tourengeaulx
Sont habitants / et prenent leur naissance.
Tours / que l’on dict avoir prins son essence                             [marge droite
Et fondement de Turnus / troyan Roy :                                       La fondation
Tours la gentille : et sans aulcun desroy.                                    de la ville de
Tours / où sont faictz maints draps d’or / et de soye.                Tours]
Tours / dont l’autheur estoit de la grand Troye.                        [marge droite L’excellence
Troye je dis / dont Françoys sont venuz.                                     de la ville de Tours.
Tours / où tous arts quelz qui [sic] soient / sont congnuz         Maistre Pierre Grillon
Et excellents : soit d’Orfevre / ou Paincture /                              Orfevre de la maison de Navarre
Tapisserye : et diverse taincture.                                                   Maistre Jehan du Val,
Mais (cher amy) de Tours les plaisants lieux                               à nul second en son art
Lesquelz pourroient semondre les haultz Dieux /                      de tapisserye.
N’ont tant esmeu ceste fille de Roy                                                Philippe Cheveniere,
Y demourer (au moins comme je croy)                                         et M. Jehan Deposay, fort
Que le vouloir / et bonne affection /                                              excellens painctres et plusieurs
Qu’elle ha envers sa serve Nation.                                                  aultres gens de bon esperit
Heureuse Tours : heureulx les habitans /                                      et invention, lesquels sont tous
Qu’avecques eulx / ung si long traict de temps /                           aujourd’huy oeuvrants et
Une Princesse / et Dame d’excellence                                              besongnants à Tours]
A faict / et faict / sa noble demourance :
Plus noble en est la Ville / et la Cité.

O cher amy / cecy m’a incité /
Voire et contrainct hardiment attenter
De mon escript luy auser presenter
Ung petit fruyct : indigne toutesfoys
De si grand Dame. O amy je te foys
Trop long recit : et mon babil te fasche :
Dont je foys fin. Mais nonobstant je tasche                                    [f. Aiiij v°]
Ton serviteur et amy à jamais
Estre. Or le tout de mon oeuvre je mectz
Entre tes mains / pour estre ramendé.
Et je desire estre recommandé
Aux De marnefz Freres : Et te supplye
Que si ma muse a esté trop hardye
Me pardonner : et excuser la vene
De mes escriptz : assez rude / et plus vaine.
Escript à Tours / plus tost que ne court flesche
Par ton amy et serviteur / Jehan Breche.

Ha Bien chere.
Espoir en bien.

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Pour citer cet article :
Jean Brèche, « A Monsieur Maistre Jehan Bouchet Procureur au siege royal à Poictiers Poete et Orateur françoys tresdocte et elegant. Jehan Breche de Tours humble Salut », Manuel royal, Tours, M. Chercelé, 1542, f. Aij r° – Aiiij v°. Transcription par Claire Sicard, La Rimerie, Farrago numérique, 10 octobre 2015 [En ligne] http://wp.me/P6Pjkj-4Y.