Barthélemy Aneau, Imagination poetique, Traduicte en vers François, des Latins, et Grecz, par l’auteur mesme d’iceux. Horace en l’art. La Poësie est comme la pincture, Lyon, Macé Bonhomme, 1552.
[pièce n° 1 – épître dédicatoire en prose]

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« Au seigneur Jean Antoine Gros, valet de chambre du Roy, tresorier des Fortifications de Lyon. Barptolemy [sic] Aneau Salut » (p. 3-5)

     L’arbre transplanté de son sauvage, et propre tige naturel, en une ente plus franche, par incorporation en icelle, mieux vejetée, et elevée en clair espace de l’air lumineux, provient puis apres de plus beau, et plus gracieux regard. D’advantage en porte fruyt plus delicieux, et agreable au goust.

     Semblablement un ouvrage (mesmement de litterature) transmis de son propre auteur, (qui ne seroit encor de grand nom) par present, ou dedication, à quelque noble, franc, et vertueux personnage de renom, qui pour sien le daigneroit recevoir : adonc’ en est apres luy, de tous mieux receu, et approuvé : et le fruyct (si aucun en y a) mieux recueilly, et meilleur trouvé. Parce que le personnage de nom, et d’honneur, donne lustre, [p. 4] à l’œuvre à luy presentée, et de son honneur le honnore, en le faisant par l’enterinement de sa Dedication receuë, elever en claire lumiere publique par estre veu de plusieurs, lesquelz autrement ne le daigneroient regarder, ou moins l’estimeroyent. Et neantmoins l’honneur du personnage illustre, n’en est en rien diminué, ny obscurcy, ains plustost augmenté, et esclarcy. Car la tresclaire splendeur d’honneur est en marque Hieroglyphicque designée par L’œil : qui jecte ses rays luysans exterieurement : et puys avec les images des choses veuës, rapporte à soy plus de lumiere qu’il n’en a espandu. Ainsi le tresclair honneur, par repercussion reverberée se redouble, retournant avec accrois de resplendeur à celluy duquel il est procedé. Qui est une des causes par laquelle j’ay esté induit dedier à vous (Seigneur Jean Antoine Gros) et vous faire present, du premier exemplaire de ce petit Poetic, et Moral œuvre mien. Que dy je mien ? non ja plus mien, mais bien vostre (s’il vous plaict) et soubz vostre nom, à tous commun. Sachant que là où est logée Vertu, ne peut faillir de estre Honneur. Duquel j’espere l’œuvre estre anobly, et illustré.

     L’autre cause est, Recognoissance d’une vostre liberalité envers moy, mesmement faicte sans digne occasion. Pour laquelle mon esperit ne a peu* estre en paix, jusque avoir trouvé moyen de la regracier, et recognoistre, en tant que porte mon prou de devoir, rien de pouvoir, et peu [p. 5] de savoir. Affin de n’estre justement blasmé du vice d’ingratitude, autant à moy que aux Persans detestable. Vela la cause de la presentation de ce livret, laquelle vous plaira n’avoir en desdain, mais la prendre en part de bonne affection. Selon vostre acostumée honnesteté. A Dieu Qui vous maintienne, et accroisce en prosperité, et honneur, par longues années. A Lyon ce huictiesme Septembre. 1552.

* pu


Pour citer cet article :

Barthélemy Aneau, « Au seigneur Jean Antoine Gros, valet de chambre du Roy, tresorier des Fortifications de Lyon. Barptolemy [sic] Aneau Salut », Imagination poetique, Traduicte en vers François, des Latins, et Grecz, par l’auteur mesme d’iceux. Horace en l’art. La Poësie est comme la pincture, Lyon, Macé Bonhomme, 1552, p.3-5. Transcription par Claire Sicard, La Rimerie, Farrago numérique, 14 décembre 2015 [En ligne] http://wp.me/P6Pjkj-iK.